Peu connue, cette histoire en 5 volumes évoquant le destin dramatique d’un jeune garçon que l’on voit grandir et devenir adulte (il a 12 ans au début de la série et 28 ans à la fin dans le cinquième tome), mérite pourtant à tout point de vue d’être découverte et plus encore, aimée. Ce récit réaliste, pudique et juste, met en scène les étapes essentielles de la jeunesse et des premiers pas dans l’âge adulte d’un garçon d’aujourd’hui. Névé, orphelin, blessé par la vie et le deuil de ses parents, tente malgré tout de trouver une place, sans bien savoir ce qu’il veut ni qui il est. Autour de lui, des personnages attachants croisent sa vie et le marquent à leur façon. Chacun d’entre nous y retrouvera avec infiniment d’émotions des échos de sa propre jeunesse.
Les planches d’Emmanuel Lepage mettent en valeur de manière souvent magnifique des paysages de montagne (Névé vit en Savoie avec un cousin ; ses parents, alpinistes, ont perdu la vie lors d’ascensions spectaculaires), dans les Andes, à la Réunion, dans l’Himalaya et dans les Alpes. Le scénario de Dieter nous émeut profondément par la peinture des sentiments subtils qui saisissent les différents protagonistes : amitié, mélancolie, désir, amour, doute, passion ou même folie. Une histoire qu’on garde en soi longtemps et dont la fin originale surprend sans décevoir, au contraire.
| Scénario | Dieter |
| Dessin | Lepage |
| Éditeur | Glénat |
| Collection | Grafica |
| Description | 5 tomes de 48 p. ; 32 x 24 cm |
| Prix | 12,50 € |
Conjuguant le meilleur de leurs talents respectifs, les célèbres auteurs de cette série nous offre un bijou d’histoire d’heroic-fantasy qui se révèle dans ses dernières pages à la hauteur d’une fascinante fable théologique, voire… biblique ! Antihéros par excellence, le principal personnage du récit, J’ON, n’est qu’un pauvre petit esclave appartenant à la race opprimée des paisibles Chninkels, tandis que son monde connaît des guerres incessantes entre trois peuples belliqueux de races guerrières. Une nuit (rêve t-il ?) J’ON est choisi par le dieu créateur de tous les mondes pour ramener impérativement la paix dans le délai de cinq croisements de soleil ; pour ce faire, il se voit doter du Grand Pouvoir ! Mais quel est ce Grand Pouvoir ? Et comment s’imposer face aux trois tyrans quand on n’est qu’un esclave insignifiant sans guère de courage et aspirant seulement à des joies simples ?
Le style graphique somptueux de Rosinski (auteur également de la série Thorgal) sert ici la création d’un univers baroque, entre nature sauvage, créatures fantastiques et scènes épiques ; les canons du genre ne sont pas seulement respectés, ils sont superbement transcendés dans un creuset qui voit se fondre des références mythologiques, bibliques ou légendaires, avec même ici et là un emprunt à la science-fiction (clins d’œil à 2001 de Kubrik). Loin d’être indigeste, le récit mené par Van Hamme reste limpide et haletant, bourré d’humour et de tendresse pour les personnages. Quant à la fin (dont il ne faut rien dire), elle achève de conférer à cette trilogie la dimension d’un chef d’œuvre de la BD, rien de moins !
| Scénario | Van Hamme |
| Dessin | Rosinski |
| Éditeur | Casterman |
| Description | 3 tomes de 53 p. ; 32 x 24 cm |
| Prix | 12,75 € |
Auteur définitivement imposé sur la scène de la BD française d’aujourd’hui, Manu Larcenet a quelques détracteurs mais aussi et surtout de très nombreux fans, dont nous sommes absolument. Son style graphique sait évoquer une étonnante palette d’émotions humaines en quelques traits pourtant simples qu’on pourrait croire caricaturaux ou bâclés au premier abord . Tout prend vie sous le coup de crayon de Larcenet et nous touche par sa justesse, son évidence. Son humanité nous parle parce qu’elle nous ressemble terriblement, surtout quand on appartient à cette génération qui a aujourd’hui entre 20 et 40 ans et qui, crise oblige, se cherche en tâtonnant, dans le travail, dans les relations familiales ou le tiraillement entre désir de couple et désir d’indépendance, peut-être égoïste. Nos vies se heurtent parfois à des angoisses poignantes, mais (même si nous n’en avons pas toujours conscience) nous ne les affrontons pas seuls.
Les trois tomes actuellement publiés du Combat ordinaire abordent les aléas du quotidien d’un jeune photographe, Marco, racontés de son point de vue. Car Marco ne cesse de s’analyser sans cesse ; d’ailleurs, il voit un psychanalyste pour tenter de comprendre ces crises d’angoisse, brèves mais vertigineuses, qui le saisissent parfois. Cependant, Marco est loin de n’être qu’un personnage égocentrique ; il s’amuse avec son frère comme si tous deux avaient encore dix ans, il tombe amoureux de la vétérinaire du village où il est venu s’installer pour fuir le stress urbain, il est bouleversé par la maladie de son père, il est révolté par le sort des ouvriers des chantiers navals… Le Combat Ordinaire, un titre qui résume tout et nous concerne tous, « quelque part »…
| Scénario et dessin | Larcenet, Manu |
| Éditeur | Dargaud |
| Description | 3 tomes de 54 p. ; 32 x 24 cm |
| Prix | 13,00 € |
Si les récits en BD prenant pour cadre le Moyen-Âge sont légion, que ce soit de manière réaliste, caricaturale ou imaginaire, aucune série n’a sans doute égalé à ce jour la précision ou la richesse graphique et narrative de celle de Bourgeon. Fort d’une documentation sans faille et d’un trait sûr, le dessinateur (déjà célèbre pour Les Passagers du Vent) offre au lecteur le récit imaginaire de la rédemption d’un chevalier maudit. Dans son errance expiatoire à la suite d’une tuerie meurtrière, ce dernier s’encombre un peu malgré lui de la compagnie de deux jeunes gens, Mariotte et Anicet, dont le village vient d’être massacré. Anicet fait un piètre écuyer, malgré sa bonne tête ; Mariotte a un charme juvénile et une gouaille réjouissante.
Le Moyen-Âge de Bourgeon est une pure recréation, parfaitement maîtrisée. Aucun lien avec la grande histoire, mais un souci absolu de la vérité de chaque détail, dans les objets, les vêtements, le langage (souvent savoureux), les architectures, les corps de métier, les modes de vie. Toutefois, loin d’être pesant, ce réalisme est sublimé par la qualité et le rythme de l’histoire qui ne faiblissent jamais, incorporant avec naturel des éléments fantastiques ou oniriques, eux aussi issus d’un folklore moyenâgeux. Un classique indispensable pour tous les amateurs de BD.
| Scénario et dessin | Bourgeon |
| Éditeur | Casterman |
| Description | 2 tomes de 64 p. + 1 tome de 152 p. ; 29 x 21 cm |
| Prix | 11,50 € et 21,00 € |
À première vue, Charly est une série déroutante. Le début du premier volume et le style graphique des premiers albums font croire tout d’abord à une série pour la jeunesse sans grand relief, avec des couleurs franches peu nuancées et une touche « magazine » pour enfants. Que cette première impression soit intentionnelle ou non, surtout ne pas s’y arrêter ! En effet, Charly se révèle en fait comme une sorte de thriller fantastique, accessible aux jeunes lecteurs (âmes trop tendres s’abstenir, cependant !), dont les clés ne sont livrées que lentement, le temps d’apprécier le climat d’angoisse sourde qui s’installe et s’amplifie au fil des tomes. À ce moment, difficile de lâcher la BD avant d’avoir tout compris. Mais tout sera t-il expliqué ?
L’argument principal de l’histoire n’est pas tout à fait neuf : un jeune garçon de 6 ans se voit offrir le genre de jouet qu’on affectionne souvent à cet âge : « Captain Foudre », un vaisseau spatial en plastique avec force clignotements et sons stridents. À sa plus grande joie, Charly découvre à l’insu des adultes que son jouet vole réellement et semble doué d’une vie et d’une volonté propres. Mais lorsque le jouet se révèle meurtrier, tout s’emballe. D’autant plus que Captain Foudre n’est peut-être rien de ce que le lecteur peut imaginer et que la vie de Charly est menacée par un danger encore bien plus effrayant… Découvrez cette série vraiment originale ! Attention, le cycle principal se conclut avec le tome 7 ; ensuite, Charly grandit et l’histoire se transforme pour dépeindre l’évolution difficile d’un adolescent affecté d’un pouvoir paranormal qu’il ne maîtrise pas (la qualité de chaque volume est alors plus inégale).
| Scénario | Lapière |
| Dessin | Magda |
| Éditeur | Dupuis |
| Collection | Repérages |
| Description | 12 tomes de 48 p. ; 30 x 22 cm |
| Prix | 9,80 € |
Impossible de donner à goûter la saveur incomparable de la célèbre série l’Incal signée par deux grands maîtres très originaux de la BD. Il faut la lire ! Le scénario de Jodorowski mêle un ensemble de thèmes typiques des années 1970 (spiritualité orientaliste, interprétation psychanalytique des comportements, des relations filiales ou amoureuses, critique de la société de consommation et de son abêtissement, totalitarisme, capitalisme, scientisme…) mais transcendés par les ressorts efficaces d’une aventure échevelée dans un univers futuriste, sans oublier une permanente dose d’humour sur tous les tons. Les dessins de Moebius s’associent pleinement à cette ambiance en magnifiant chaque épisode grâce à une fabuleuse imagination. Son trait donne vie à des architectures incroyables ou anime des plans à l’action trépidante réunissant parfois une foultitude de détails.
| Scénario | Jodorowski |
| Dessin | Moebius |
| Éditeur | Les Humanoïdes Associés |
| Description | 6 tomes de 60 p. ; 32 x 24 cm |
| Prix | 12,90 € |
Le Chat du Rabbin est une série très bavarde ; la preuve, même les chats y sont doués de la parole ! Et tant qu’à parler, se dit le chat, autant en profiter et débattre sans fin avec le père de sa maîtresse, rabbin bon vivant dans une Alger ensoleillée et encore française, au début du XXe siècle. Et pourquoi ne pas étudier le talmud pour faire sa bar mitsva ? Une bar mitsva pour un chat ? Cela est-il bien orthodoxe ?!…
Impossible de résumer ni de faire saisir la saveur capiteuse et captivante du récit de Joann Sfar ! Le mieux est de s’abandonner à une lecture qui ébouriffe par son intelligence et son humour à tous les niveaux : les personnages, les dialogues, les situations, le dessin expressif donnant à vie à une Alger d’avant-guerre plus vraie, colorée, chaleureuse et cosmopolite que nature. En prime et mine de rien, Joann Sfar explore les modes de vie et de penser d’une certaine population juive avec infiniment de finesse, mariant avec talent légèreté et profondeur. Du grand art, qui fait beaucoup de bien et rend plus intelligent.
| Scénario et dessin | Joann Sfar |
| Éditeur | Dargaud |
| Collection | Poisson Pilote |
| Description | 4 tomes de 48 p. ; 30 x 22 cm |
| Prix | 9,80 € |
Le Photographe est une BD insolite et une réussite totale. Récit authentique du périple d’un photographe accompagnant une mission humanitaire de Médecins sans Frontières en Afghanistan en 1986 (pendant la guérilla de résistance contre l’occupant soviétique), cette histoire nous entraîne sur les pas de Didier Lefèvre et nous fait vivre chaque détail de son aventure (qui faillit très mal se terminer) avec une incroyable intensité. Au sortir des trois tomes, on a réellement l’impression d’avoir vécu ses moments d’interrogation, de doute, d’amitié, de joie, de colère, de douleur. Aucune esbroufe, aucun effet surajouté, simplement un récit vrai.
Le pari audacieux a consisté a trouvé le moyen d’unir intimement les cases classiques d’une BD avec des reproductions de plusieurs centaines de photos prises sur place par Didier Lefèvre ; la réussite de l’entreprise est bluffante, car on s’immerge très facilement et naturellement dans le procédé. Les photographies nous donnent à voir ce que nos yeux auraient vu, les cases de BD assurent les liens et la fluidité de la narration. Aucun effet de collage artificiel, au contraire. On se dit à la fin qu’aucun autre procédé, pas même la vidéo, ne nous aurait permis d’appréhender aussi justement ce qu’ont vécu chacun des protagonistes de cette histoire. De ce fait, on en apprend beaucoup sur la situation afghane à l’époque (au niveau le plus individuel des réalités du terrain), sur nombre de coutumes et modes de vie ou sur le quotidien d’une mission MSF (vécu à la fois démystifié et passionnant).
| Scénario | Lefèvre |
| Dessin | Guibert |
| Éditeur | Dupuis |
| Collection | Air Libre |
| Description | 3 tomes de 80 p. ; 32 x 24 cm |
| Prix | 14,00 € |
À l’origine de la collaboration entre Didier Crisse et l’éditeur Soleil (au milieu des années 1990 alors que Crisse a déjà une belle carte de visite avec des séries comme L’Épée de Cristal ou Lorette et Harpye) naît un projet qui tenait énormément à cœur à son auteur : Kookaburra, space opera à la Star Wars animé par de superbes dessins et un scénario épique au grand souffle s’abreuvant à l’humour des Indiana Jones ou aux arcanes de Dune, belles références s’il en est. Si les trois premiers tomes publiés entre 1996 et 1998 ont tenu toutes ces promesses, le succès public fut peut-être trop en deçà des espérances et il a fallu attendre 2004 pour la parution du quatrième tome, Crisse ayant alors confié le dessin à Nicolas Mitric.
Ces aléas éditoriaux, ainsi que l’incertitude sur l’avenir de la série, ne doivent pas dissuader de découvrir ce qui reste une des plus belles tentatives en France dans ce genre. Captivé par la lecture, on ne sait plus ce qui est le plus remarquable de la qualité du dessin (une patte à la Disney, très colorée mais sans aucune mièvrerie), de la force de l’intrigue (une prophétie annonce la naissance de cinq enfants dont la réunion pourrait bouleverser le destin de l’univers, différentes puissances s’ingéniant dès lors à les capturer) ou l’humour très présent (le sniper Dragan, mercenaire bourru à la Han Solo ou Indiana Jones, est parfait) allié à des moments beaucoup plus tragiques. À noter l’existence de la série parallèle Kookaburra Universe, scénarisée par Crisse et mise en images par plusieurs dessinateurs, qui évoque en plusieurs tomes (série en cours) les aventures de jeunesse de certains des protagonistes.
| Scénario | Crisse |
| Dessin | Crisse et Mitric |
| Éditeur | Soleil |
| Description | 4 tomes de 48 p. ; 32 x 24 cm |
| Prix | 12,90 € |
Le récit de Dufaux et les cases de Murena, loin d’engluer le lecteur dans une leçon d’histoire didactique, s’offrent un cadre grandiose : la Rome du jeune Néron à l’aube de son règne tumultueux. Murena est une sorte de thriller antique particulièrement classieux. Toutes les grandes figures historiques, littéraires ou philosophiques de l’époque s’y croisent. Choisissant de ne rien dissimuler de la violence de l’époque, de ses grandeurs épiques comme de ses plaisirs pervers, l’histoire (fictive) de Murena, jeune ami de Néron, croise sans cesse la (grande) histoire telle que nous la connaissons par Suétone et les historiens d’aujourd’hui. Et lorsque Dufaux prend parfois quelques libertés avec la « réalité » pour imposer l’originalité de son angle de vue, il s’en explique dans quelques notes succinctes mais qui réjouiront les amateurs de science historique. Murena est sans aucun doute une alternative très mature et flamboyante par rapport au (trop ?) classiqueAlix.
| Scénario | Dufaux |
| Dessin | Delaby |
| Éditeur | Dargaud |
| Description | 5 tomes de 48 p. ; 32 x 24 cm |
| Prix | 11,00 € |
Classique et grand succès de la BD, cette série a connu un développement en plusieurs cycles, mais seul le premier (les 4 premiers tomes) est totalement appréciée. L’histoire plonge ses protagonistes vivant à notre époque dans un Moyen-Âge mystérieux ; à la suite d’un reportage dans des marais brumeux de la campagne française, un photographe est assailli par de curieux personnages à cheval et se réveille au sein d’une sorte de caverne-prison où d’autres hommes vivent parqués depuis des années ; il ne faut rien dire de plus du scénario, tant le plaisir est jubilatoire dans le premier tome d’essayer de deviner ce qu’il s’est passé, où l’on est, à quelle époque, pourquoi, etc.
Le dessin très vif, alerte et coloré de Vicomte, à l’aise également dans l’obscurité de la caverne, sert magnifiquement le récit écrit avec beaucoup de finesse et de subtilité par Makyo. Comme tout chef d’œuvre, celui-ci peut être appréhendé et apprécié selon plusieurs angles (aventure, histoire, mysticisme ou philosophie, par exemple) ; de ce fait, il peut réjouir tout autant jeunes et moins jeunes lecteurs, comme supporter de nombreuses relectures où le plaisir est toujours au rendez-vous, même quand les mystères se sont en partie dissipés.
| Scénario | Makyo |
| Dessin | Vicomte |
| Éditeur | Glénat |
| Collection | Caractère |
| Description | 4 tomes de 48 p. ; 32 x 24 cm |
| Prix | 13,00 € |
Giardino est un orfèvre de la BD. Son seul défaut (mais n’est-ce pas logique ?) est d’être lent et de nous faire attendre la conclusion de l’histoire de Jonas Fink depuis presque dix ans ! Enfin, il paraît que notre patience sera bientôt récompensée (acceptons-en l’augure). Jonas Fink raconte le destin d’un jeune garçon tchèque, âgé d’une dizaine d’années au début des années 1950 ; son père, accusé de dissidence, est arrêté et malgré ses efforts la mère de Jonas doit se résigner à organiser sa vie et celle de son petit garçon tant bien que mal, dans le climat oppressant d’un régime communiste à l’époque implacable. Alors que l’enfance et l’adolescence de Jonas auraient pu être celles d’un garçon vif, intelligent et sensible, celui-ci va se heurter à l’impossibilité de suivre des études, à l’obligation de travailler autant que possible, aux difficultés d’apprendre à aimer quand une chape de plomb pèse sur les esprits et que le danger guette au moindre écart.
Le pari de Giardino, faire revivre une époque qui semble déjà si lointaine et presque incroyable à l’Europe des années 2000, est réussi à tout point de vue. Le dessin est très documenté (architecture, vêtements, objets quotidiens…) ; l’ambiance graphique aux tons pâles ou tirant vers les gris restitue à la fois l’époque et son atmosphère plombée ; le récit sait trouver les situations et les dialogues qui permettent de comprendre et de ressentir la difficulté terrible de vivre, de penser, de s’imaginer un avenir. Au-delà du côté historique, l’histoire de Jonas Fink est également une très juste et sensible peinture des désirs, des émois, des espoirs et des pensées d’un garçon passant rapidement de l’enfance à l’âge adulte.
| Scénario et dessin | Giardino |
| Éditeur | Casterman |
| Description | 2 tomes de 56 p. et 96 p. ; 32 x 24 cm |
| Prix | 10,95 € et 18,95 € |
Écrire de la science-fiction suppose un solide bagage scientifique ; Denis Bajram en est plus que pourvu, avec en outre un double talent de vulgarisateur et de conteur créant des suspens haletants. Universal War One (UW1 pour les fans) nous promène sans temps mort à travers le système solaire et le temps, s’offrant au passage des morceaux de bravoure grandioses et superbement mis en image, comme l’éclatement des anneaux de Saturne, le découpage en deux d’Uranus ou la destruction de la Terre ! Et le plus fort est que tout (ou presque) s’explique avec rigueur par des faits scientifiques qui relèvent de l’anticipation et non de l’affabulation sans consistance. Pour lier tout cela, une histoire maîtrisée dans ses moindres détails et rebondissements (multiples allers et retours dans le temps avec les conséquences qui s’ensuivent sur la trame logique du récit) et très rythmée, sans oublier des protagonistes aux psychologies tranchées et variées. Bref, un tour de force à haut risque qui vient de se conclure avec un sixième et dernier tome tenant toutes ses promesses. À découvrir d’urgence.
| Scénario et dessin | Bajram |
| Éditeur | Soleil |
| Description | 6 tomes de 48 p. ; 32 x 24 cm |
| Prix | 12,90 € |
Pilules Bleues s’inscrit dans un genre mis à l’honneur par plusieurs jeunes auteurs de la BD contemporaine : la chronique (auto ?) biographique, même si ici il s’agit d’aller bien plus loin qu’un simple journal de bord. Frederik Peeters nous raconte en noir et blanc, avec la grâce d’un dessin au trait noir épais très expressif, l’histoire d’amour d’un jeune homme un peu bohème avec une femme déjà mère d’un petit garçon de 4 ans. Dès leurs premiers rendez-vous amoureux, celle-ci exprime avec franchise une vérité difficile : elle est séropositive, son enfant également.
Ce qui n’aurait pu être qu’un mélodrame plein de pathos se distingue bien au contraire par une pudeur et une sensibilité qui vont droit au but des réalités les plus prosaïques, les plus délicates, parfois les plus dures, sans mise en scène superflue. La vie palpite à chaque case de cette histoire dont les protagonistes nous ressemblent, à travers leurs espoirs ou leurs doutes, leurs joies et leurs angoisses. Malgré la gravité du propos et la présence d’un virus qu’on ne peut jamais tout à fait oublier, c’est la beauté du quotidien et la possibilité d’un avenir heureux (rien n’est jamais écrit d’avance) qui rayonnent puissamment à travers cette œuvre qui bouleverse tous les lecteurs qui la découvrent un jour.
| Scénario et dessin | Frederik Peeters |
| Éditeur | Atrabile |
| Collection | Flegme |
| Description | 1 tomes de 190 p. ; 24 x 17 cm |
| Prix | 12,50 € |
Aux amateurs de BD comme aux fans d’heroic-fantasy, il n’est naturellement pas nécessaire de présenter cette série qui a fait date dans l’histoire du genre. Bien des passages ou des personnages de La Quête de l’Oiseau du Temps sont devenus des classiques auxquels on rend souvent hommage (la pulpeuse et aventureuse Pelisse, le grognon et bagarreur Bragon, le mystérieux et amusant Fourreux…). Le scénario nous embarque avec fracas dans une quête flamboyante au cœur de contrées et à la rencontre de personnages plus baroques les uns que les autres, le dessin à l’énergie prodigieuse et jubilatoire assure le spectacle. La conclusion du récit qui réserve une très étonnante surprise nous laisse pantois et bluffé, avec une seule envie : tout relire derechef !
| Scénario | Le Tendre |
| Dessin | Loisel |
| Éditeur | Dargaud |
| Collection | Histoires fantastiques |
| Description | 4 tomes de 64 p. ; 32 x 24 cm |
| Prix | 13,00 € |
Sombre est le destin des Sambre… N’allez pas déduire de ce mauvais jeu de mot que la très belle série d’Yslaire (secondé pour les deux premiers volumes par Balac) est émaillée d’humour. Sambre est un récit très noir, mâtiné de fantastique tel qu’on en écrivait au XIXe siècle (on pense à Poe ou à Maupassant) mais aussi de romantisme ; d’ailleurs, les personnages (fictifs) croisent quelques figures historiques de la fin des années 1840 et s’illustrent sur les barricades de la première révolution de 48. Les figures tragiques des deux héros de l’histoire, Bernard et Julie, rappellent immanquablement quelques protagonistes célèbres des romans de Balzac, de Hugo ou de Flaubert.
Les planches superbes de Bernard Yslaire, dont certains détails ont été revus par l’auteur (notamment au niveau de l’encrage) dans une réédition récente, donnent naissance à une atmosphère fascinante, aussi inquiétante que sensuelle, à base de noir et de rouge, parfois de sépia. La belle qualité éditoriale propre à la collection « Caractère » chez Glénat (papier très brillant et lisse) ajoute au plaisir quasi physique que l’on prend à la lecture de cette œuvre forte et originale.
| Scénario | Yslaire |
| Dessin | Yslaire et Balac (volumes 1 & 2) |
| Éditeur | Glénat |
| Collection | Caractère |
| Description | 4 tomes de 48 p. ; 32 x 24 cm |
| Prix | 13,00 € |